Le trajet


Sunday, June 1, 2014

L'Inde, part 3 : Le Karnataka

Namasté !


Je quittes Kumily avec le sentiment que je ne boirai plus jamais un café et ne poivrerai plus mon assiette comme avant. J’ai passé un peu plus d’un mois dans la ferme.


Après plus de 12 heures de bus, je suis de retour à Bangalore, pour rendre visiteà Ravi que je n’ai que brièvement vu la première fois.

y
Avec Ravi, sa femme Jyothi et leur fille Riya
La où Ravi a construit son immeuble 6 ans plus tôt, il n’y avait rien, seulement des champs. La ville continue de s'étendre. Bangalore, avant d'être surnommée la “Sillicon Valley” indienne (la ville a axe son développement sur les nouvelles technologies), était connue comme la “Garden city”. Il y a 20 ans, il y avait très peu de voitures. Deux marques seulement se disputaient le marche très fermé de l’Inde : Ambassador et Fiat.
Je visite cette fois IKSON Temple, appartenant à l’Hare Krishna Movement. L’hindouisme montre ici clairement un de ses visages. Le soir, un ami de Shahid et Pavan, sans que je lui fasse part de mon impression, me le dénonce : l’hindouisme est un gros business.

Vidhana Soudha, siege de l'Assemblee Legislative du Karnataka


Je vais ensuite à Hampi, petit village au nord de l’Etat du Karnataka. Il se situe dans l’enceinte de la ville en ruine de Vijayanâgara, l'ancienne capitale du royaume de Vijayanâgara, un des plus grands empires hindous. Cet empire fut fondé par les princes télougou en 1336 et atteignit son apogée au XVIe siècle. En ce temps-là, la cité a été décrite par des voyageurs étrangers comme fabuleusement riche (l'empire contrôlait le commerce régional de coton et d'épices) et a probablement compté jusqu'à un demi-million d'habitants, une population très importante pour l'époque. Elle fut comparée à Rome.
Les ruines, classées UNESCO World Heritage Site, s'étendent sur plusieurs km2, avec beaucoup de temples admirablement sculptés. Le temple principal, Virupaksha Temple, toujours lieu de culte, abrite son éléphant bénisseur.

Le gardien de Virupaksha Temple

Virupaksha Temple


Ils m'ont demande de les prendre en photos

Elephant stable

Lotus Mahal

Stepped tank
Thungabhadra River in Hampi
















Arrivé le matin après une nuit de train, je repars le soir même pour Gokarna, sur la côte au sud de Goa. En bus cette fois. Ce trajet est encore plus horrible que le premier de Kumily à Bangalore (les bus gouvernementaux sont merdiques). Je préfère de loin le train, même sans couchette.

Gokarna est avant tout un lieu de pèlerinage. C’est là aussi que les hippies de la première heure, mais aussi de la seconde, viennent, fuyant Goa devenu trop chère (entre autre). Goa est investi par de nouveaux touristes au porte-monnaie bien rempli, russes pour la plupart me dit-on. Mais ils semblent aussi très nombreux à Gokarna.

Un français rencontré à la station de bus me file le plan hébergement (voyageant toujours sans Lonely Planet, je m’en remet a la providence…) : tous les cafés/resto de la plage proposent des “hut”. Tenez-vous bien : 125 roupies la nuit (1,5 euros). Bien sur c’est rudimentaire, case en terre, WC et douches à l'extérieur. Mais c’est parfait pour moi. Le gars descend a 100 Rs si tu restes plusieurs semaines. Les touristes restent d’ailleurs assez longtemps ici. On se laisse facilement entraîner et bercer par la langueur du lieu.

Touristes et vaches faisant du shopping

Une vache qui trace sa route
La plage est immense, la mer est chaude, les vagues sont belles, et le village possède un réel charme.
Je vais les aider apres la photo : grosse suee !
 


Alors que je prévoyais de ne rester qu’une journée et de dormir sur la plage (dans la mesure ou les resto sont a même la plage, ça a beaucoup moins de sens), je reste un peu plus longtemps finalement. La langueur n’est pas seule en cause : un sale germe chopé en arrivant à Bangalore refait surface et me foudroie.

Après Kumily (a la ferme, la ville ayant peu d'intérêt) et Megamalai, c’est l’endroit que je préfère. A Gorkarna on est plonge dans l’Inde traditionnelle. C’est touristique (le pèlerinage est une forme de tourisme du reste, et peut-être la forme principale à Gokarna) mais l’ambiance dévote rend l’endroit agréable, non superficiel.




Une fois rétabli, je prends un train de nuit pour Mumbai. C’est le pire trajet en train que je vis en Inde jusqu'à present. Le problème,c’est que quand on ne réserve pas suffisamment en avance à certains moments (vacances ou week-end), les wagons-lits sont pleins et les réservations clôturées. Plusieurs wagons place assises sont mis en bout de train. L’achat des billets se fait au dernier moment. Ils ne comptent pas les places vendues. Du coup, le  premier monte a bord est le premier servi.
Les wagons sont blindés. Je commence le voyage par terre, récupère ne place ensuite mais offre un bout a quelqu’un. Ah c’est pas cher mais putain...!

Je finis ma nuit dans une “waiting room” de la gare Chhatrapati de Bombay, magnifique bâtiment (extérieur).
Je prends une douche, réserve mon billet pour ma prochaine destination (et bénéficie de bons et chaleureux conseils sur quoi faire dans ma journée au guichet spécial étranger. On m’avait dit que l’accueil était excellent à ce guichet. C’est d’autant plus agréable que t’as pas a faire la queue, un vrai privilège…), laisse mon sac à la “clock-room” (consigne) de la gare et pars explorer la capitale économique de l’Inde. Plutôt que des mots, voici des photos :

Marine Drive

Gate of India



Quelques mots quand même… On passe, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, de chic quartiers, aux belles avenues nickel bordées de beaux immeubles



à des quartiers… comment dire….plus chaotiques, mais plus vivants.





J’arrive en plein Holi. Il n’y a pas une grande profusion générale de couleur. Ce sont plutôt de petits groupes de gens qui s’amusent a s’asperger entre eux. Certains jeunes se la jouent plus moderne, avec des couleurs métalliques, gris, or.

Montage d'un mat ceremoniel, apres une benediction : priere, noix de coco cassee, offrandes placees dans le trou


Je passe la nuit à la gare et repars le lendemain.

La suite bientôt.

Tuesday, April 15, 2014

Monday, March 10, 2014

L'Inde, part 2 : Le Kerala

Namasté !


Mes quelques étapes touristiques depuis Bangalore étant accomplies, je peux rejoindre la ferme ou j’ai prévu d'aider par le biais du wwoofing.



Coucher de soleil, Allapuzha
Je commence donc ma remontée vers le nord le long de la cote ouest et m'arrête à Alappuzha. Une autre nuit a la gare (putain de moustiques !), puis une sur la plage (putain de moustiques de merde !), et je me dirige vers Kumily où se situe la ferme.
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Je prends d’abord un bateau pour Kottayam, histoire d’avoir un aperçu des “Backwaters”, attraction très réputée du Kerala. C’est en gros une Venise rurale, avec une superficie bien plus grande évidemment. Lac, canaux, maisons sur d'étroites bandes de terre, rizières. Les gens se déplacent en bateau.






Maison-bateau


C’est ensuite 4 heures de bus qui m’attendent pour rejoindre Kumily, dans la montagne, à la frontière avec le Tamil Nadu. La région est réputée pour ses épices et ses champs de thé.

Dans la ferme où je reste (Natural Shakti Farm) est cultivé café, poivre, cardamome et un peu de stevia. C’est un allemand, Harry, qui s’est installe il y a plus de 20 ans. Il possède 7 hectares à Kumily et 20 autres dans le Tamil Nadu. C’est son fils Stefan et sa femme Fathima qui m’accueillent. Harry travaille dans la plantation du Tamil Nadu.


J’arrive en pleine récolte du café (robusta, l’arabica étant terminé).
La propriété se trouvent dans une petite vallée. Les caféiers se trouvent sur les deux versants plutôt raide par endroits. Pas facile. Mais nous sommes la plupart du temps à l'abri du soleil, les caféiers procurant une ombre efficace. Le seul inconvénient, ce sont les petites fourmis. Une colonie s’est formée quasiment dans chaque grappe (selon l’exposition de l’arbuste). Du coup, t’en a plein les bras, le visage etc… Il faut aussi compter sur les toiles d'araignées… On est comme en pleine foret.

C’est d’ailleurs le concept d’Harry : pratiquer une agriculture “naturelle” (en plus d'être biologique), c'est-à-dire qu’il s’efforce de ne pas toucher à l’environnement. On m’avait parlé de cette agriculture en Nouvelle-Zelande comme “forest garden” : les plantations font parti de l'écosystème qui s’entretient de lui-même (en théorie, mais l’intervention humaine est minimale).

En fait, Harry a cessé de faire certifier son café. Il ne croit plus en l’agriculture biologique. Mais il aimerait bien connaître un café plus bio que le sien.

En pleine recolte
Une fois récolté, les cerises de café sont stockées quelques jours, le temps d’en avoir suffisamment, puis lavées et ouvertes (pulping). Le café est alors mis sous bâche, où un début de fermentation se produit. Les grains sont à nouveau lavés et mis à sécher pendant 3-4 jours.


Une fois la récolte terminée, la peau est retiré et les grains sont triés. Puis exporté en Allemagne pour la plupart de la production, où il est torréfié.
Ils vendent environ 1500 kg de café chaque année.





Au bout d’une semaine, je pars rejoindre Harry à Megamalai, dans le Tamil Nadu. C’est en pleine montagne. Stefan et Alex, un allemand qui en revient, m’explique le chemin. Ça a l’aire d’une petite expédition. 30 minutes de marche jusqu'à Kumily où je prend un premier bus m’emmenant à Cinamanur. Je monte alors dans un second bus blindé d’ouvriers et d'ouvrières s’en allant travailler dans les champs de thé de Megamalai. 2 heures de bus inconfortables. La petite route, très mauvaise, serpente dans la montagne. Megamalai  est un hameau au milieu d’un paysage magnifique. Les théiers couvrent les flancs des collines. Malheureusement, je ne peux vous en faire profiter, un problème survient dans mon appareil photos, mes photos sont perdues.

Il y a ensuite 2 heures de marche à travers champs de thé et foret pour rejoindre la plantation d’Harry. L’endroit est magnifique. Des zones de foret originelle couvent encore des pans de montagne, peuplée d'éléphants (je ne fais que les entendre, ils se déplacent la nuit), de singes, de cerfs, de buffles sauvages. Un énorme mâle (buffle) fréquente les environs. Je fais sa connaissance le jour de mon arrivée, sur le chemin menant aux terres d’Harry.

Harry, Mintu Roy et Guttapan en plein "pulping"

Ils sont en train de “pulper” le café. Il n’y a ni gaz ni électricité à la cabane (seulement un petit panneau solaire de quoi recharger une batterie et les portables). Le pulping se fait donc à la main (à Kumily, un moteur électrique fait tourner la roue). Une véritable épreuve. Et je pèse mes mots…
Là aussi, évidemment, les caféiers sont en foret (d’arbres replantés). Les pentes sont longues et abruptes. C’est pas rien de les remonter avec un sac plein de café fraîchement récolté sur la tête.


Ni gaz ni électricité. Ça veut dire cuisine au feu de bois. La vie est simple, tranquille, le lieu est reposant malgré le travail. Je dors avec Harry a la “grotte”. C’est en fait un énorme surplomb rocheux offrant un abri parfait. Les chauve-souris nous frôlent la tête le soir venu.
Harry aux chapatis, Mintu aux legumes



Je reste 2 semaines. Je serais bien reste plus longtemps, d’autant qu’Harry a besoin de main d’oeuvre. Il a de plus en plus de mal a trouver du monde. Deux ouvriers arrivent la veille de mon départ mais, en général, ils ne restent pas longtemps. Harry vit en Inde depuis 25 ans maintenant. Il commence a bien connaître le pays et les Indiens. ce qu’il m’en raconte est très intéressant. L’Inde comme on ne se l’imagine pas, et qu’on ne peut vraiment connaître en tant que touriste, même en restant 6 mois. Le pays est, selon lui, un énorme chaos, mais un chaos qui fonctionne.

Harry a trouve, en la personne de Mintu, originaire de West Bengal, un jeune ouvrier enthousiaste.


Pit viper

En route pour la recolte, de bon matin
Je repars avec Said, par un autre itinéraire. Au lieu des 3 heures de marche prévues jusqu'à KK Pati, Said, en voulant se raccourcir le chemin, nous fait faire une petite expédition de 5 heures. On se retrouve dans le bush, sans machette pour nous épargner les ronces. Mais ce fut une très belle ballade, avec des empruntes d'éléphants en prime.
L'objectif, c'est le lac, tout en bas de la vallee

Le lac vu de plus pres. La brume s'est leve, il fait chaud maintenant


Une fois arrivé dans la plaine, on s'arrête dans une plantation de noix de coco pour un petit brin de toilette. Les femmes récoltant les noix de coco nous en offre une (fraîche). Un peu plus tard, Said s'arrête dans une vigne acheter du raisin, la récolte est en cours. On repart avec pas loin de 2 kg, qu’on déguste en marchant. De KK Pati, un bus nous emmène à Kumbum, tout e proche. On prend un 2e bus pour Kumily. Le trajet en bus par cette voie est plus court et plus agréable que par Cinnamanur et Megamalai.



Au fond, les montagnes ou se trouve la plantation d'Harry

A Natural Shakti Farm, la récolte du café est presque terminée, celle du poivre commence.
Le poivrier noir est une liane. Pour récolter les baies, il faut donc faire comme lui : grimper. On utilise des échelles de bambou de différentes tailles. Il s’agit en fait d’un simple tronc dont les départ de branches constituent les marches. C’est plutôt plaisant. Pas toujours aisé, surtout quand l’arbre support est fragile ou bien pourri. Tu fais pas trop le malin sur ton bambou, quand bien même tu t’es assuré en attachant l’arbre à un autre plus solide.


Stefan en pleine recolte

Une fois récolté, le poivre est égrené, avec les pieds, puis mis à sécher pendant 3 jours. Les baies, vertes a la récolte *, deviennent alors noires.





Stefan et Fathima en plein "stamping"



* Certaines ont cependant passé au rouge : elles ont un goût extraordinaire. Plus poivrée que les vertes, elles ont également une saveur sucrée et une richesse aromatique plus prononcées.


Quand Harry s’est installe, il était surtout question de poivre. Il en produisait jusqu'à 1500 kg. Cette année, peu productive, ils ne récolteront qu’environ 150 kg. Le poivrier noir ne pousse plus trop dans la région.
Poivre a secher, avec Miracle mountain en fond


Sarita, la soeur de Stefan, me confirme, sans le savoir, mon intuition, assez évidente du reste. Elle a etudie 4 ans en Allemagne et y retourne pour travailler. Elle apprécie le pays mais l’Inde lui manque. La nourriture, le climat un peu mais aussi… le bruit. L’allemagne est trop calme, les villes trop silencieuses. Un autre exemple : les indiens aiment la musique forte, elle est bien souvent a tue-tête dans les bus.

Alex, Stefan, Fathima et Sarita


Vu de Kumily depuis Miracle mountain. De l'autre cote, c'est le Tamil Nadu

En haut de Miracle mountain